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| Genève, 5 février 1998 |
| "Pectine", ou comment passer de la finance aux pots de confitures |
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| Véronique Kinal, anciennement dans le «business», a décidé d’aller plus loin que le hobby. Depuis novembre dernier, elle vend des confitures sur les marchés. Surprise: ça marche.
Il faut voir ses yeux briller quand elle présente, telle une collection de haute couture, ses petits pots de confiture. «Ananas aux dattes et à la vanille», «Gelée de thé lapsang souchong», «Pêche de vignes au poivre rose» ou encore «Confiture d’orange amère au chocolat amer», c’est un inventaire à la Prévert fort original qui défile sous vos yeux. Le metteur scène du défilé a un parcours atypique. De la finance elle est passée à la confiture. Certes, l’ère est à la mobilité. Mais le virage est sec…» Vous savez à 48 ans on n’est plus coté à l’argus», ironise Véronique Kinal, «Pectine» pour les intimes. Indépendante jusqu’à fin 1993, elle a bien essayé de continuer dans sa branche – la finance, mais au bout de 200 offres spontanées et deux rendez-vous (négatifs), elle a décidé de ne plus «cumuler les demi-échecs». Et si, pour l’instant, elle ne se fait que de l’argent de poche, elle affirme que «c’est le bonheur». Un bonheur, qui il y a quelques mois encore, était surtout une occupation proche de l’antidépresseur. «Du jour au lendemain, la situation s’est inversée. Quand je travaillais, j’avais de l’argent mais pas de temps. Quand je me suis retrouvée au chômage, je n’avais plus d’argent mais du temps», résume avec une pointe d’accent hongroise cette Vaudoise d’adoption. Il fallait bien gérer tout ça. De la cuisine au marché Alors, comme elle habite à la campagne, elle commence à cueillir des fruits. Et elle se met à les cuire en sirop, à créer des confitures, des gelées. «J’ai toujours aimé cuisiner. C’est un façon de canaliser ma créativité». En plus des repas qu’elle adore faire pour ses amis, elle s’enferme de plus en plus souvent dans sa cuisine dans sa maison de Gilly et remplit toujours plus de pots. Elle en offre régulièrement à ses amis, plutôt que d’acheter des cadeaux. Petit à petit, son entourage lui suggère d’aller un peu plus loin avec ses marmelades. «Et si tu les vendais?» Véronique Kinal n’y croit pas une seconde et enterre – consciemment en tout cas – l’idée. Est-ce l’effet du temps qui passe? En tout cas, l’été passé, elle décide d’acheter des pots «standard». Fini la récup’, elle fait un pas vers davantage de professionnalisme. Son compagnon graphiste lui crée des étiquettes «maison», puis une boîte qui peut contenir trois petits pots. Difficile de faire plus artisanal… Une amie l’informe qu’elle peut s’installer gratuitement sur le marché à Coppet. Elle s’y rend pour la première fois le 1er novembre. Il n’y a pas beaucoup de monde mais elle «vend très bien». Encore totalement étonnée par le succès de ses confitures (et quand elle raconte ça, ses yeux s’écarquillent), elle s’inscrit pour participer à des marchés de Noël, puisque c’est la saison. Et là, ses confitures partent comme des petits pains, en petits pots. «Depuis ça n’a pas arrêté», poursuit-elle, avouant au passage qu’elle est épuisée. Pendant le mois de janvier, elle a décidé de souffler un peu, histoire de faire le point. Car Véronique Kinal reste lucide. Quand on lui demande d’analyser ce premier succès, elle répond d’abord que «la période était propice.» plus fondamentalement, et heureuse,ment pour la gastronomie, notre «confitureuse» pense que même pendant la récession, on aime manger et on s’accorde des petits luxes. Par exemple un pot de 100 g de «Pamplemousse au basilic et poivre noir» qui, comme les autres, coûte 5 francs. Justement, 5 francs, est-ce que ça laisse une petite marge à la fabricante? «Rien du tout, répond-elle amusée. Je ne compte que la matière première. Ni mon propre travail, ni mes frais d’électricité, ni les étiquettes ne sont compris dans le prix. Si j’en tenais compte, le pot reviendrait à 40 francs!» Transformer la chambre à coucher Alors pour l’instant ses rêves de grandeur s’arrêtent à sa chambre à coucher, qu’elle aimerait bien transformer en laboratoire. Et en pleine saison, c’est-à-dire en automne lorsque les fruits sont abondants, elle engagerait volontiers quelques personnes. fabriquer plus de confitures, mais rester dans le mode artisanal, c’est pour l’instant le seul développement que voit concrètement Véronique Kinal. Quant aux réseaux de diffusion de ses petits pots, ils sont pour l’instant très réduits. «Vu que je n’ai moi-même pas de marge, je ne vois pas comment je m’en sortirais si je devais passer par les commerces.» Ni par les grands restaurants, par exemple. Pour l’heures, notre marchande de quatre saisons est donc son propre diffuseur, elle assure tout de A à Z. Mais si vous ne la trouvez pas sur les marchés, vous pouvez toujours passer par Internet. Comme quoi vendre des produits «à l’ancienne» n’empêhe pas de passer par les canaux de communication les plus modernes… Annick Jeanmairet |